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Robert BONACCORsI
Portrait du poète en critique d’art
Avec l’apparent naturel du hasard objectif, Pierre Caminade se
retrouve à la Seyne-sur-Mer en 1954, via le journalisme. Le poète se
revendique alors de son expérience de chroniqueur, mettant ainsi en
évidence une unité contradictoire qui dépasse la simple anecdote et
l’aspect contingent d’une production littéraire contrainte. Pour autant,
du
Patriote de Toulouse
au
Petit Varois
,
quid de l’écriture poétique ?
Très tôt en effet, Pierre Caminade intervient dans la presse,
tout d’abord dans les pages cinéma du
Petit Méridional de Montpellier
de 1931 à 1932, mais aussi comme critique littéraire de
L’Essor
(
Paris
1945)
et de
Paris Arts et Lettres
essentiellement entre 1945 et 1946.
De 1951 à 1954, il devient correspondant au
Patriote de Toulouse
tout
en militant au Mouvement de la Paix à Villefranche de Rouergue. Cette
double référence explique sa venue dans « la ville de mer aux quarante
collines ». Il rejoint la rédaction du
Petit Varois
,
un quotidien qui
«
exigeait beaucoup et payait si mal », pour reprendre la formule de
Charles Galfré et qui en conséquence « ne pouvait attirer que des
amoureux de l’écrit. Et de l’espèce la plus désintéressée. Nous eûmes
un poète
1
».
Il deviendra le responsable des pages « Arts et Lettres »
(
de 1945 à 1966), tout en intervenant dans
Les Lettres Françaises
(
de
1956
à 1965), dans
Sud
(
de 1970 à 1991) mais également dans la revue
de l’Office Municipal de la Culture et des Arts,
Etraves
(
de 1967 à 1978)
qui avait pour vocation de faire « connaître les activités de l’Office, ses
projets », et de publier des études sur « les différentes formes de l’art :
musique, peinture, cinéma, poésie
2
».
Un bulletin qui devait rendre
compte d’une volonté municipale et « refléter d’une manière littéraire
la vie proprement culturelle de notre ville
3
».
Une vie culturelle où
Pierre Caminade jouait un rôle majeur depuis 1959 en tant que
conseiller artistique, concepteur, initiateur, programmateur, le tout
sous l’égide d’un bénévolat qui impliquait un investissement constant.
Un engagement donc, qui pouvait conduire sinon à la confusion, tout
au moins au mélange des genres. Poète, commissaire d’expositions,
critique d’art… Tout va se jouer dans une dialectique subtile où l’enjeu