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Au niveau de l’écriture poétique, bien sûr, elle engage à alléger, à être
minimaliste pour tenter d’atteindre l’essence des choses. Pour ce qui est de
l’expérience de la vie, la simplicité est un appel à l’authenticité et au
renouvellement constant des sensations et des pensées.
Le dépouillement amène la fraîcheur, alors que l’envahissement qui arrive
lorsqu’on possède trop d’objets ou lorsqu’on cherche la richesse nous
condamne à la lourdeur d’une existence encombrée
13
.
Il est clair que Caminade partage avec les poètes de haïku
japonais non seulement l’esthétique du dépouillement mais aussi
l’idéal de vie dépouillée, secret qui permet de savourer la vie et qui
demeure une contestation radicale de l’idée du bonheur facile si
répandue en son temps.
1
Voir Michel Murat,
Le Vers libre
,
Paris, Honoré Champion, 2008, p. 9.
2
Pierre Caminade, « LaMétaphore bicéphale », in
Les Formes brèves
(
Etudes Hispaniques 6
),
Aix-en-Provence, Université de Provence, 1984, p. 53.
3
Pierre Caminade,
D’une parole l’autre
,
in
Se surprendre mortel
,
édition présentée par
François Leperlier, Pantin, Le Castor Astral, 2004, pp. 246-247. Les poèmes de Caminade
cités dans cet article se réfèrent à cette édition.
4
Daniel Leuwers, « Postface », in Yves Broussard,
Paroles de silence
,
Marseille, SUD, 1988,
p. 57.
5
Jean-Louis Couchoud,
Le haïkai
:
Les épigrammes lyriques du Japon
,
Paris, La Table ronde,
2003.
6
«
L’emploi du mot de
haïkaï
repose donc sur une petite confusion, du reste pas très grave.
Le court poème de trois vers que nous voyons habituellement étiqueté
haïkaï
devrait en réalité
se nommer haïkou ». (« Avertissement » par Kuni Matsuo, in
Haïkaï de Bashô et de ses
disciples
,
Paris, Institut international de coopération intellectuelle, 1936, p. 15.)
7
«
Lettre-préface » par Julien Vorance, in Julien Vorance,
Le Livre 7 des Haï-kaï
,
Paris,
Société française d’éditions littéraires et techniques, 1937, p. 8.
8
Sur la Beat generation, voir Alain Dister,
La Beat Generation
,
Paris, Gallimard, 1997 ; Jack
Kerouac,
Le livre des haïku
,
Paris, La Table ronde, 2010.
9
Pierre Caminade, «L’amour ambrosien et le sensorialisme de Jean Legrand»,
Bulletin des
Etudes Valéryennes
,
n°68, mars 1995, p. 60.
10
Pascale Senk, «Préface», in
Bashô, Issa, Shiki, L’Art du Haïku : Pour une philosophie de
l’instant
,
textes japonais traduits par Vincent Brochard, Paris, Belfond, 2009, p. 28
11
Id
.,
p. 82.
12
Pierre Caminade, «Morale sans moralisme», Association Guillaume Budé,
Actes du VIII
e
congrès (Paris, 5-10 avril 1968)
,
Paris, Les Belles Lettres, 1969, p. 769.
13
Pascale Senk,
op.cit
.,
p. 35.